Corset et crinoline : le duo secret des robes du 19ᵉ siècle
Dernière mise à jour : 28 juil.
Quand on évoque le corset et la crinoline, les mêmes images reviennent souvent:
Une dame qui s'évanouit, une autre coincée dans l'embrasure d'une porte, une troisième incapable de respirer correctement...
À croire que les femmes du XIXᵉ siècle passaient leur temps à lutter contre leurs vêtements!
Pourtant, si corsets et crinolines avaient été aussi inconfortables qu'on l'entend parfois, il aurait été difficile de les voir s'imposer pendant près d'un quart de siècle dans toute l'Europe et bien au-delà.
Car derrière les robes de bal spectaculaires, les photographies sépia et les héroïnes de romans, se cachait un véritable système d'ingénierie textile.
Les femmes victoriennes possédaient un atout secret : des sous-vêtements de compétition! Et le duo vedette de cette équipe n'était autre que le corset et la crinoline.
Confidence d'une costumière costumée

Je vais vous confier un secret: La première fois que l'on porte correctement un ensemble corset, crinoline et jupons, la surprise est souvent la même.
On s'attend à se sentir encombrée.
On s'attend à porter des kilos de tissu.
Et au final...
On a presque l'impression d'être plus légère. Les couches de tissu ne pèsent pas sur les jambes. La jupe flotte autour du corps. L'air circule librement sous les étoffes.
Et soudain, malgré les mètres de tissu et l'ampleur de la silhouette, une étrange envie apparaît :
marcher, tourner, se balancer, danser. Les femmes du XIXᵉ siècle n'étaient peut-être pas si folles de vouloir passer leurs soirées dans des salles de bal.
Le corset victorien : bien plus qu'une question de taille
Une forme pensée pour le corps
Contrairement à une idée largement répandue, un corset bien conçu n'est pas censé écraser son propriétaire. Sa forme épouse la poitrine et les hanches, c'est-à-dire les parties osseuses du corps, sans les comprimer. Le maintien se concentre principalement sur la taille, constituée de tissus plus souples.
L'objectif n'est donc pas de transformer une femme en sablier au prix de ses côtes, mais d'accompagner naturellement la silhouette en répartissant les tensions là où le corps peut les
supporter.
En réalité, un corset bien ajusté ressemble davantage à une charpente qu'à une cage. Il soutient.
Il structure. Et il sert de fondation à tout le reste de la tenue.
Un vêtement étonnamment adaptable
L'un des grands avantages du corset réside dans son système de laçage.
Un corset réalisé sur mesure conserve généralement un espace de quelques centimètres au dos. Ce "gap" permet d'accompagner les variations naturelles du corps au fil du temps. Prise ou perte de poids modérée, changement de morphologie, voire début de grossesse : un même corset pouvait rester utilisable pendant plusieurs années. Le principe n'est finalement pas très éloigné des différents niveaux d'agrafage d'un soutien-gorge moderne.
D'ailleurs, les femmes enceintes portaient souvent leur corset habituel durant les premiers mois avant de passer à des modèles spécifiquement conçus pour la maternité.
Comme quoi, nos arrière-grands-mères n'avaient pas attendu le XXIᵉ siècle pour inventer les vêtements évolutifs.
Les fidèles compagnons du corset
Le corset ne travaillait jamais seul:

Sous lui se trouvait la chemise, chargée de protéger la peau, d'absorber la
transpiration et de faciliter l'entretien de l'ensemble.
Par-dessus venait souvent le cache-corset.
Sa mission ? Protéger la robe de l'usure provoquée par les baleines, lisser la silhouette et empêcher les reliefs du corset d'apparaître sous l'étoffe.
Petit secret de boudoir
Contrairement à ce que l'on imagine souvent, les corsets n'étaient pas nécessairement blancs, ni même unis. Ils pouvaient être roses, bleus, verts, rayés, brodés ou garnis de rubans.
Le cache-corset, généralement en batiste blanche ou écrue, permettait justement de masquer ces fantaisies sous la robe tout en protégeant les tissus les plus précieux.
La crinoline : l'art de porter plusieurs mètres de tissu avec élégance
Une affaire de formes

Lorsqu'on parle de crinoline, beaucoup imaginent immédiatement un dôme circulaire. C'est effectivement la première forme qui s'impose dans les années 1850. Les modèles de promenade restent de dimensions raisonnables tandis que les versions destinées aux bals prennent davantage d'ampleur et transforment chaque entrée dans une salle de réception en déclaration d'intention.

Puis apparaît progressivement la crinoline elliptique. Plus plate sur le devant, le volume rejeté vers
l'arrière, elle affine visuellement la silhouette tout en facilitant certains mouvements du quotidien.
Plus souple qu'il n'y paraît

Voici sans doute le plus grand malentendu concernant la crinoline. Elle paraît rigide. Elle ne l'est pas!
Les cerceaux métalliques qui composent sa structure sont étonnamment flexibles. Ils se compriment lorsqu'il faut franchir une porte étroite, s'installer dans une voiture ou partager un canapé avec une cousine bavarde.
À l'inverse, certains jupons baleinés modernes utilisés sous les robes de mariée ou les robes de bal dites « Sissi » se révèlent parfois beaucoup moins coopératifs. Le tissu tend les baleines en permanence. Résultat : lorsque quelqu'un s'approche un peu trop près, toute la structure peut se déplacer d'un bloc vers le corps. Et soudain, l'avant de la robe décide d'aller explorer le sol... Les ourlets apprécient rarement l'expérience.
Les indispensables alliés de la crinoline
Là encore, la crinoline n'était qu'une pièce d'un ensemble plus vaste.
Sous la structure prenait place un jupon destiné à préserver la pudeur et à apporter un peu de chaleur lorsque la saison l'exigeait. On pouvait le remplacer ou le compléter par des pantalons ouverts à l'entrejambe, appelés pantys.
Au-dessus de la crinoline, un autre jupon venait adoucir les lignes de la structure afin d'empêcher les cerceaux d'apparaître sous le tissu de la robe en mouvement. Car l'élégance victorienne aimait les volumes, mais elle préférait qu'ils demeurent mystérieux.
Le véritable secret : le tandem corset-crinoline
Si les robes du XIXᵉ siècle ont pu atteindre de telles dimensions, ce n'est pas seulement grâce aux tissus ou aux talents des couturières. C'est avant tout grâce à ce qui se trouvait dessous:
La crinoline soutient la jupe. Le corset soutient la crinoline. Et les baleines du corset portent l'ensemble.
Résultat ? Contrairement à ce que l'on pourrait croire, on ne sent pas le poids de la robe (et souvent nous parlons de6 à 8 mètres de tissu en 150 de laize pour la seule jupe. Et même en mousseline...)
Le procédé n'est pas nouveau. Dès le XVIIIᵉ siècle, corps à baleines et paniers avaient déjà ouvert la voie. En offrant un support solide à la silhouette, ils permettaient aux robes de gagner progressivement en ampleur.
Au XIXᵉ siècle, corsets et crinolines reprennent le principe et le poussent encore plus loin.
Ce ne sont donc pas les robes qui ont fait naître les sous-vêtements. Ce sont les sous-vêtements qui ont rendu possibles les robes.
Des héros invisibles
La prochaine fois que vous admirerez une robe victorienne aux vastes jupes ou une tenue de bal inspirée de l'impératrice Sissi, ne vous méprenez pas: Ce qui fait cette silhouette iconique, ce n'est pas la robe, c'est ce qui se cache en dessous!
Et sans cela, bien des duchesses auraient probablement terminé leur soirée les quatre fers en l'air au milieu de la piste de danse... si encore elles avaient réussi à traîner le poids de la robe jusque là!!










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