🎨Les couleurs improbables du 18e siècle
- 15 janv.
- 2 min de lecture
(ou comment une teinte pouvait ruiner — ou consacrer — une réputation)
Au XVIIIᵉ siècle, on ne portait pas du rose pâle. C’eût été d’une prudence presque inconvenante.
On portait du cuisse de nymphe, du boue de Paris, du sang de bœuf, du vert céladon fané, ou encore du très sérieux prune de Monsieur.
Des couleurs qui rougissent à peine en se nommant, et qui rappellent une vérité simple :au XVIIIᵉ siècle, la couleur n’était pas là pour se faire oublier.
Elle entrait dans la pièce avant vous.
🧵 Nommer une couleur, c’était déjà faire une déclaration
Ces appellations ne doivent rien au hasard ni à l’oisiveté des salons. Elles disent une époque où la couleur est :
charnelle avant d’être abstraite,
sensuelle avant d’être sage,
et parfaitement consciente de l’effet produit.
Dire que l’on porte du cuisse de nymphe, ce n’est pas seulement évoquer un rose délicat. C’est convoquer une mythologie entière, un soupçon d’érotisme, et une élégance qui ne demande pas pardon.
À l’autre extrémité, le sang de bœuf ne négocie rien. Profond, dense, coûteux, il annonce la dépense, la position… et une certaine assurance.
La couleur parle. Et personne n’ignore ce qu’elle dit.
🎭 Une affaire de regard… et de circonstances
Au XVIIIᵉ siècle, une couleur seule ne signifie rien. Elle n’existe qu’avec :
une lumière (souvent vacillante),
un lieu (richement bavard),
une étoffe (qui absorbe ou renvoie),
et une silhouette capable de la soutenir.
Certaines teintes adorables en plein jour deviennent franchement ingrates à la chandelle. D’autres, jugées trop sombres, prennent soudain une profondeur admirable.
Les contemporains connaissaient parfaitement ces caprices. Ils savaient qu’une couleur mal choisie pouvait desservir plus sûrement qu’un mot de trop.
🎨 Couleur, corps et hiérarchie sociale
La couleur est aussi une manière très efficace de dire qui l’on est…et surtout jusqu’où l’on peut se permettre d’aller.
Certaines teintes supposent :
des étoffes coûteuses,
des teintures complexes,
un entretien attentif.
Les porter, c’est annoncer que l’on peut se permettre le temps, l’argent et parfois même la critique.
Au XVIIIᵉ siècle, on ne choisit jamais une couleur innocemment. On choisit une position.
✨ Quand le 18ᵉ invente le marketing sans le savoir
On sourit aujourd’hui devant les noms inventifs des couleurs contemporaines. Pourtant, le XVIIIᵉ siècle avait déjà compris l’essentiel :
une couleur doit évoquer,
suggérer,
raconter avant même d’être vue.
La différence ?Aucune étude de marché. Seulement une connaissance très fine du regard humain— et de sa vanité.
👗Et aujourd’hui, dans l’atelier…
Je continue de choisir mes couleurs non pour leur seule joliesse, mais pour leur comportement :
à la lumière,
dans l’espace,
sur un corps en mouvement.
Certaines ont une histoire respectable. D’autres, un tempérament délicat. Et quelques-unes…un parfum de scandale que je ne cherche surtout pas à dissiper!
😉 Et vous ?
Oseriez-vous du cuisse de nymphe sans baisser les yeux? Du sang de bœuf sans vous redresser un peu ?
Car au fond, la couleur n’a jamais été une affaire de goût. C’est une affaire de tenue. Au sens le plus complet du terme.













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