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Se découvrir dans le miroir en costume historique

1 juil.
3 min de lecture

Dernière mise à jour : 28 juil.

Le moment où tout bascule.


Le costume est enfin terminé.

Je replace un col. Je lisse un pli. Je vérifie qu'un ruban tombe exactement où il doit tomber.

Puis je fais quelques pas en arrière.

Et j'attends.

Tenue Historique XIXe siècle à crinoline (1860) de couleur parme dans le miroir.

La personne se tourne vers le miroir.

L'atelier retient son souffle.

Le temps suspend son vol...


Pendant quelques secondes, il ne se passe rien.

Puis les épaules changent de place.

Le dos se redresse.

Une main vient lisser la jupe ou la manche, comme pour s'assurer que tout cela est bien réel.

Un sourire.

Un regard qui s'attarde.

Et quelques mots, si simples qu'ils disent tout.


Si vous me demandiez quel est mon moment préféré dans la création d'un costume historique, ce ne serait ni lorsque je pose le dernier point à la main, ni lorsque j'admire enfin la silhouette terminée sur son mannequin. (Le pauvre n'a jamais montré le moindre enthousiasme pour mon travail. Il conserve, quelles que soient les circonstances, un calme presque philosophique.)


Non.

Mon moment préféré est celui-ci.

Ce regard dans le miroir où, soudain, on ne voit plus seulement un costume.

On se voit soi, Autrement.


Jeune femme au jardin en tenue historique XIXe siècle d'après -midi blanche à pois noirs.


Je me souviens de cette demoiselle qui essayait une robe de bal des années 1860.

Elle est restée immobile devant son reflet avant de demander, avec un mélange d'étonnement et de joie :

« C'est moi, ça ? »

Cette phrase ne parlait pas de la robe.

Elle parlait d'elle.







Je pense aussi à Jacqueline.

Elle possédait déjà plusieurs robes victoriennes. Pourtant, lorsqu'elle a enfilé celle qui correspondait enfin exactement à ce qu'elle imaginait, elle s'est regardée quelques instants avant de sourire.

« Ah ! Là, ça y est... on y est ! »

Puis, presque aussitôt :

« Non... mes cheveux, c'est n'importe quoi. Mais j'aurai une vraie coiffure XIXᵉ au bal ! »

J'avoue avoir trouvé son diagnostic plutôt juste. Une robe de 1860 et une coiffure de 2026, cela crée parfois quelques siècles de décalage.

En quelques secondes elle était partie rejoindre le XIXᵉ siècle.


Je repense aussi à André

Homme en tenue de maréchal de France inspirée de l'époque Empire avec bicorne
Homme en tenue de maréchal de France inspirée de l'époque Empire.

Le jour où il a essayé son uniforme de maréchal d'Empire, il a

d'abord éclaté de rire.

Puis, presque sans s'en rendre compte, il s'est redressé.

Ses épaules ont changé de place.

Son regard aussi.

Il est resté plusieurs longues minutes devant le miroir, sans dire un mot.

Je me souviens avoir pensé que le miroir avait devant lui un client beaucoup plus bavard que moi.

Je ne sais pas exactement ce qu'il voyait.

Je sais simplement que je n'avais plus tout à fait devant moi le même homme que quelques instants auparavant.


Ces scènes sont toutes différentes. Pourtant, elles racontent la même histoire.

On imagine souvent que le costume transforme une personne. Je ne crois pas que ce soit tout à fait vrai. Le costume n'invente rien.

Il révèle.

Ou peut être plutôt... il autorise.

Une élégance.

Une assurance.

Une manière de se tenir. Une part de soi qui attendait simplement le bon langage pour s'exprimer.


C'est peut-être pour cela que j'aime tant ces premiers regards.

Pendant quelques secondes, mes clients ne regardent plus seulement une robe, un habit ou un uniforme.

Ils se découvrent autrement.

Ils semblent se demander, souvent sans le dire :

« Tiens... je peux aussi être cette personne-là ? »


Je pourrais passer des heures à parler de tissus, de coupes, de points à la main ou de l'éternel débat entre le lin et le coton. (Oui, dans un atelier de costumes historiques, ce genre de sujet peut donner lieu à de véritables conversations passionnées.)


Mais si je continue à exercer ce métier aujourd'hui, c'est surtout pour ces instants-là.

Ces quelques secondes où un miroir ne renvoie plus seulement une silhouette historique.


Le voyage ne commence pas lorsqu'on enfile un costume. Il commence au moment où l'on cesse de voir un costume... pour enfin se voir soi-même.


Jeune homme  tirant l'épée, en tenue historique XIVe siècle sans armure (gambison, cape)

 
 
 

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